Les consultations anesthésiques délocalisées

Dr AM DEBAILLEUIL

CHRU LILLE

 

La consultation préanesthésique est une étape réglementaire avant tout acte anesthésique programmé (recommandations de la SFAR de 1991, actualisées en 1994 et concernant la période pré anesthésique [1], décret du 5 décembre 1994 [2]). Il a été admis par la SFAR, que cette consultation " puisse avoir lieu dans un autre établissement, sous réserve d'un accord entre les médecins anesthésistes concernés et de l'accord du patient " [3]. Il est cependant apparu nécessaire d'apporter certaines précisions. Cette pratique revêt un caractère exceptionnel en dehors d'un réseau de soins.

La consultation préanesthésique a pour objectif la meilleure connaissance possible du patient dans le but de réduire les risques de complications per et post opératoires relatives à l'anesthésie-réanimation et doit répondre à une triple exigence : évaluation du risque, information du patient et communication avec les autres professionnels impliqués dans sa prise en charge.

La réalisation d'une consultation préanesthésique délocalisée suppose le respect de certains principes détaillés ci-dessous :

- L'équipe d'anesthésie qui prendra en charge le patient pour l'intervention prévue doit en être informée et avoir donné son accord.

- L'accord préalable du médecin anesthésiste-réanimateur sollicité pour cette consultation et qui reste libre de la refuser.

Le consentement éclairé du patient (ou de son tuteur légal s'il est mineur ou incapable) doit être obtenu [4]. En particulier, il doit lui être précisé clairement que le médecin anesthésiste-réanimateur en charge de l'acte est seul juge, en définitive, de la conduite à tenir, du report éventuel de l'intervention si un élément nouveau et/ou fortuit apparaissait ou si une différence d'appréciation du risque survenait. Ces données, ainsi que le consentement du patient, doivent être mentionnés dans le dossier d'anesthésie [1].

Le médecin anesthésiste-réanimateur qui pratique la consultation informe aussi complètement et clairement que possible le patient sur les procédures anesthésiques envisagées [5]. Il lui est donc nécessaire de connaître les conditions techniques de l'anesthésie et de l'intervention projetées dans l'établissement où sera opéré le patient.

Le dossier d'anesthésie, renseigné de façon claire et complète, doit être transmis dans les meilleurs délais à l'équipe de médecins anesthésistes-réanimateurs qui réalisera l'anesthésie.Tout risque particulier doit être signalé et faire l'objet d'une discussion s'il est susceptible de remettre en cause la procédure prévue [5]. Le compte rendu de la consultation, des éventuels examens complémentaires ou avis spécialisés demandés ainsi que de l'information donnée au patient doivent être inclus dans le dossier.

- Le caractère très spécialisé ou la lourdeur de certaines procédures et la méconnaissance par le médecin anesthésiste réanimateur consultant des conditions dans lesquelles l'acte sera réalisé imposent la consultation préanesthésique sur le site de l'intervention programmée.

Lorsque la consultation a été délocalisée, la visite préanesthésique revêt une importance particulière. Elle est le premier contact avec le patient et l'occasion pour le médecin anesthésiste-réanimateur de se présenter à lui, de prendre connaissance de son dossier d'anesthésie, de vérifier qu'il a été informé des avantages, inconvénients et risques de la procédure envisagée, de compléter éventuellement cette information et de confirmer son consentement. L'impact de cette visite sera d'autant plus rassurant que le discours tenu sera

en accord avec celui entendu lors de la consultation.

En conclusion : la consultation préanesthésique délocalisée s'intègre dans un réseau de soins qui mérite d'être formalisé. En dehors de ce cadre, la consultation préanesthésique délocalisée doit rester une pratique exceptionnelle.

 

Bibliographie

1 - SFAR : Recommandations concernant la période pré anesthésique, 1991, révision 1994.

2 - Ministère des affaires sociales, de la santé et de la ville. Décret n° 94-1050 du 5 décembre 1994 relatif aux conditions techniques de fonctionnement des établissements de santé en ce qui concerne la pratique de l'anesthésie et modifiant le Code de la Santé publique( troisième partie : décrets), Journal officiel de la République française, 8 décembre 1994 ; 17383-5.

3 - SFAR : la consultation d'anesthésie et la visite pré anesthésique. Ann. fr. anesth réanim, 1997, 16, fi 27-28.

4 - SFAR : Réflexions sur l'information et le consentement du patient en anesthésie réanimation. in Les référentiels en anesthésie-réanimation réunis par la SFAR, Elsevier éd. 1997:221-29

5 - Ordre National des Médecins, Conseil National de l'Ordre : recommandations concernant les relations entre anesthésistes réanimateurs, chirurgiens et autres spécialistes ou professionnels de santé ed. mai 1994.

 

 

 

Les consultations préanesthésiques pour anesthésies itératives et rapprochées

La consultation préanesthésique est une étape réglementaire avant tout acte anesthésique programmé (recommandations de la SFAR de 1991, actualisées en 1994 et concernant la période pré anesthésique [1], décret du 5 décembre 1994 [2]). Une question fréquemment posée est celle de l'organisation de cette consultation pour des actes répétitifs et rapprochés nécessitant une anesthésie. La consultation préanesthésique a pour objectif la meilleure connaissance du patient dans le but de réduire les risques de complications per et post opératoires relatives à l'anesthésie-réanimation et doit répondre à une triple exigence : évaluation du risque, information du patient et communication avec les autres professionnels impliqués dans sa prise en charge [3].

Face à ces impératifs, la réalisation d'une seule consultation préanesthésique pour des anesthésies itératives et rapprochées peut s'envisager sous certaines conditions :

Cette pratique doit être agréée par tous les membres de l'équipe de médecins anesthésistes-réanimateurs.

- Les interventions concernées doivent être de retentissement physiopathologique peu important, et la réalisation d'une nouvelle consultation préanesthésique est indispensable si un des actes successifs mplique une conduite anesthésique différente ou plus compliquée.

Il n'existe pas d'argument formel pour fixer un délai maximum entre deux interventions successives; on peut proposer un délai de l'ordre du mois modulé en fonction de l'importance de l'intervention prévue, de l'état du patient et de la stabilité de cet état.

Une trace écrite de la décision figure dans le dossier anesthésique assortie des instructions opérationnelles.

Le consentement éclairé du patient doit être obtenu. Il doit être informé en particulier de la nécessité, pour sa sécurité, de signaler tout changement dans son état de santé et/ou dans son traitement. Il doit enfin être averti de la possibilité d'un report ou d'une annulation de son intervention en cas d'apparition d'un élément nouveau rendant inappropriée la stratégie préalablement retenue.

Une visite préanesthésique doit prendre place la veille ou dans les heures précédant l'intervention. Elle revêt un caractère particulièrement important [4]. Elle permet de vérifier qu'aucune modification pathologique ou thérapeutique pouvant interférer avec l'intervention n'est apparue entre la consultation préanesthésique initiale et l'hospitalisation actuelle. Elle doit se faire avec un délai suffisant avant l'induction pour permettre de faire le point avec le patient sur son état de santé et son traitement ainsi que la vérification du respect des consignes préopératoires.

Dans tous les cas, le médecin anesthésiste-réanimateur en charge de l'anesthésie est maître de la décision d'un report éventuel de l'intervention et du choix de la technique d'anesthésie.

En conclusion : pour tout patient dont l'état nécessite une anesthésie générale ou loco-régionale, la consultation préanesthésique, réalisée à distance de l'acte, reste la règle. Il est cependant possible, dans les cas d'interventions successives et rapprochées de faible retentissement physiopathologique, d'organiser cette consultation préanesthésique selon des modalités spécifiques à chaque équipe de médecins anesthésistes-réanimateurs, avec l'accord du patient, des différents intervenants et dans tous les cas du médecin anesthésiste-réanimateur qui sera en charge de l'anesthésie. Il est fait état dans le dossier anesthésique des modalités de mise en œuvre de cette pratique ainsi que des raisons ayant conduit à la proposer. La visite préanesthésique prend alors une valeur toute particulière.

Bibliographie

1. SFAR : Recommandations concernant la période pré anesthésique, 1991, révision 1994.

2. Ministère des affaires sociales, de la santé et de la ville. Décret n° 94-1050 du 5 décembre 1994 relatif aux conditions techniques de fonctionnement des établissements de santé en ce qui concerne la pratique de l'anesthésie et modifiant le Code de la Santé publique(troisième partie : décrets), Journal officiel de la République française, 8 décembre 1994 ; 17383-5.

3. SFAR : Réflexions sur l'information et le consentement du patient en anesthésie réanimation. in Les référentiels en anesthésie-réanimation réunis par la Sfar. Elsevier ed. 1997:221-29.

4. SFAR : la consultation d'anesthésie et la visite pré anesthésique. Ann. Fr. Anesth Réanim, 1997;16:fi 27-28