L’INDUCTION INTRAVEINEUSE DE L’ENFANT DE 0 A 4 ANS

M Eliet (Lille)

Rappels

Définition de l’Anesthésie générale

Définition de l’induction anesthésique par voie intraveineuse

Avantages et inconvénients de la voie intraveineuse

L’Emla

Les indications de la voie intraveineuse

 

Les particularités physiologiques du nouveau-né, du nourrisson, du jeune enfant (ayant un rapport avec l’induction IV)

SNC (Système Nerveux Central)

Cardio-vasculaire

Rénales

Digestives

Biologiques

Régulation de la température

 

La pharmacologie des médicaments anesthésiques

La pharmacocinétique

à La ½ vie d’élimination

à La distribution

à L’élimination

à La ½ vie contextuelle

Parenthèse

Les agents anesthésiques intraveineux

à Parasympatholytique

à Hypnotiques

à Benzodiazépine

à Morphinomimétiques

à Curares

 

Surveillance de l’anesthésie générale par voie intraveineuse

Surveillance para-clinique

Surveillance clinique

Les complications propres à l’induction intraveineuse

Quelques protocoles anesthésiques

Conclusion

 

 

 

Rappels

* Définition de l’anesthésie générale

C’est un état réversible associant :

Perte de conscience

Analgésie

Protection neurovégétative

Relâchement musculaire

Il ne saurait être question de réaliser une anesthésie générale sans assurer la surveillance des grandes fonctions vitales, la mise en place de moyens de ventilation, d’oxygénation et de réanimation efficace. Le choix des agents anesthésiques doit prendre en considération les impératifs liés : Au patient

A l’intervention

A la pharmacocinétique

** Définition de l’induction intraveineuse

L’induction anesthésique est une période particulièrement délicate en pédiatrie. Elle nécessite de la part du médecin anesthésiste une bonne connaissance des particularités physiologiques et pharmacologiques de l’enfant. L’induction intraveineuse permettra d’obtenir une perte de connaissance rapide, d’autant plus que, chez le nouveau-né par exemple, le flux sanguin cérébral est augmenté et la barrière hématoméningée perméable, d’où une pénétration et un délai d’action plus court que chez l’adulte. Grâce à l’association de différents produits intraveineux, le médecin anesthésiste pourra pratiquer différents types d’anesthésie générale telle que :

à L’anesthésie générale potentialisée = hypnotique

morphinique

curare

(neuroleptique)

à Anesthésie analgésie séquentielle = morphinique

utilisation d’un antidote en fin d’intervention

à Anesthésie dissociative = Kétamine

analgésie, perte de connaissance incomplète

à AIVOC ou TIVA

Anesthésie totale intraveineuse

Permet de moduler de façon indépendante les effets hypnotique, analgésique, et

myorelaxant.

à La neuroleptanalgésie = morphinique

neuroleptique

+ ou – associée à un hypnotique

*** Avantages et inconvénients de la voie intraveineuse

La voie intraveineuse est la plus souvent utilisée et sollicitée par le grand enfant. Elle nécessite une préparation psychologique du fait de la peur de « l’aiguille » qui s’ajoute au stress lié à l’intervention, dans un milieu hostile : le bloc opératoire.

à Quels sont les avantages ? :

Rapidité d’induction

Sécurité : dans le cadre de la chirurgie de l’urgence c’est-à-dire estomac plein, atrésie de l’œsophage, RGO. Possibilité également de pallier aux effets secondaires des agents anesthésiques (Bradycardie, chute tensionnelle, allergies…)

Choix des produits : en fonction du type d’intervention (durée, douleur, curarisation), et du patient.

Elle reste la voie qui s’impose en cas d’urgence.

à Quels sont les inconvénients ? :

Afin d’optimiser la mise en place d’une voie veineuse il faut connaître et gérer au mieux les difficultés qu’elle engendre.

L’appréhension de l’enfant

Elle sera diminuée si, lors de la visite pré-anesthésique, le médecin explique le déroulement et la prise en charge de l’enfant le jour de l’intervention. Il lui expliquera les deux méthodes d’induction ; masque ou intraveineuse, l’existence de la crème emla s’il choisit la VIV.

Difficultés pour le médecin anesthésiste de trouver une voie veineuse :

Dues : à la morphologie de l’enfant ( ex : les bébés potelés)

voies veineuses non visibles

veino-constriction ou réaction cutanée liées à l’utilisation de l’emla.

La douleur

. Lors de la pose de la voie veineuse

Afin d’éliminer ce que l’enfant redoute le plus : la douleur lors de la ponction, il existe trois techniques de pose :

* La première est l’utilisation d’un cathéter de faible calibre type 24G, que l’on évitera de lui montrer en détournant son attention. On lui demande de respirer profondément, et on le prévient au moment de piquer. Un second cathéter sera posé après l’induction si besoin.

* La seconde méthode consiste à l’utilisation de la crème Emla. Elle permet d’obtenir une analgésie transcutanée à condition de bien suivre les différentes étapes :

Application de la crème sur le site de ponction durant 1 heure

Attente de quelques minutes avant la ponction veineuse.

La durée d’action est de 2 à 5 heures. Parfois l’utilisation de la crème peut entraîner une veino-constriction rendant difficile la prise de voie veineuse. Mais cette méthode permet d’élargir les indications de l’induction à de plus jeunes enfants. D’autres produits sont en cours de développement, entre autre, une crème contenant de la trinitrine afin d’obtenir une veino-dilatation associée à l’analgésie.

* Enfin, la troisième possibilité consiste à l’utilisation du protoxyde d’azote. L’inhalation d’un mélange N2O/O2 à 50% durant 3 mn procure une sédation et une analgésie lors de la ponction veineuse.

. Lors de l’injection de certains produits

Exemple : le propofol, on peut y palier en ajoutant 1 ml de lidocaïne 1% NA à 20 ml de propofol.

De plus, la douleur lors de l’injection peut entraîner une phase d’excitation.

Gestion médicamenteuse 

Si le propofol peut entraîner une douleur lors de l’injection, les autres produits utilisés ne sont pas également anodins. Le médecin anesthésiste sera parfois confronté au :

. rash cutané (propofol, curare, antibiotique)

. allergies

. effet dépresseur cardio-vasculaire

. laryngospasme si anesthésie trop légère

. rigidité thoracique liée à l’injection de morphinique (nécessité d’injecter l’ultiva par exemple en 90 secondes).

Tous ces inconvénients pourront être minimisés grâce :

. A la visite pré-anesthésique (recherche d’un terrain allergique, …)

. Au choix judicieux des produits anesthésiques (en fonction de l’enfant, la pathologie, la chirurgie.)

. A une parfaite connaissance de la pharmacodynamique de chacun des agents d’induction utilisés.

**** L’Emla

Lidocaïne / prilocaïne

Présentation en patch ou tube de 5 mg

Siège : Toute surface cutanée

Technique : Disposer ¼ du tube en couche épaisse sur le site de ponction. Recouvrir d’un pansement occlusif type opsite. Laisser en contact une heure. Ou utilisation d’un patch.

Résultat : Analgésie cutanée de 3 à 5 mm de profondeur pendant 2 à 5 heures

Indication : Pose intraveineuse

Ponction superficielle d’un vaisseau, veine ou artère ou prélèvement

capillaire

Aide à la réalisation d’un acte plus profond ex : PL

Contre-indication : Enfant < 3 mois (risque de methemoglobinémie dû à la prilocaïne)

Application sur les muqueuses (résorption importante)

- Effets indésirables : Pâleur du site d’application (veinoconstriction)

Erythème réactionnel au pansement adhésif.

***** Les indications de l’anesthésie générale par voie intraveineuse

. L’estomac plein :

chirurgie de l’urgence

atrésie de l’œsophage

régurgitation gastro-oesophagienne

laparoschisis, omphalocile

. Les contre-indications de l’anesthésie inhalatoire :

Les myopathies

L’hyperthermie maligne

. Les enfants porteurs d’une mucoviscidose

L’anesthésie du nourrisson et du jeune enfant fait appel le plus souvent aux mêmes agents anesthésiques que ceux utilisés chez l’adulte, mais la réponse de l’enfant sera différente dans son intensité, sa durée, ou ses effets secondaires. Ces variations sont dues en grande partie aux particularités physiologiques de l’enfant.

 

Les particularités physiologiques du nourrisson et du jeune enfant

(Ne sont prises en compte que celles ayants une répercussion sur l’anesthésie générale.)

SNC

. DSC mal autorégulé (PA dépendant)

. Myélinisation incomplète ® vitesse d’influx basse.

. Fibres C.A non myélinisées, douleur propathique (profonde).

. Synapses immatures ® résistance aux curares dépolarisants

® hypersensibilisation au CND

Particularités cardio-vasculaires

. Débit cardiaque fréquence dépendant

. Augmentation du tonus parasympathique d’où intérêt vagolytique

. Immaturité du système sympathique Þ faible capacité de réponse du myocarde au stress, + si hypovolémie = æ PA

. Peu d’adaptation aux modifications de charge

hypovolémie Þ baisse rapide de VES et PA

hypervolémie Þ surcharge (immaturité rénale)

PA = Qc x RVS

Qc = Fc x VES peu d’adaptation car résistance au maximum, Fc et PA variable selon l’âge.

Particularités rénales

. DSR bas Þ DFG bas (2 à 4 ml/mn) donc ½ vie des médicaments à élimination rénale ä .

. Rein mature à 60%, dès 1 mois et DFG mature à 1 an.

(. DFG/SC chez nouveau-né = 30% de celui de l’adulte.)

. VD plus important : injection des doses plus importantes (volume de distribution par rapport à l’adulte (répartition différente des secteurs liquidiens).

 

 

Nouveau-né

1 an

Adulte

LEC

Interstitiel

35

26

15

LEC

plasmatique

5

5

5

LIC

40

39%

40

Eau totale

= 80%

du poids total

70%

= 60

 

 

Appareil digestif

. Fonction hépatique immature (ä durée d’action des produits)

normalisation oxydoréduction en quelques semaines

métabolisme immature Þ augmentation T1/2

 

Les particularités biologiques

. Hypoprotidémie avec hypoalbuminémie d’où augmentation de la fraction libre des médicaments ayant des répercussions cinétiques et toxiques.

Régulation thermique

. Enfant : SC/P x 2 par rapport à l’adulte (surface corporelle / poids).

. Enfant de < 3 mois, pas de frissons mais graisse brune (nouveau-né, perte de 1°C par 10 mn à température ambiante).

. ä durée d’action de certains produits (curares dégradation voix d’Hoffman).

 

 

La pharmacologie des médicaments anesthésiques

La pharmacocinétique des agents anesthésiques est fonction de nombreux facteurs variables avec l’âge.

* La ½ vie d’élimination (T1/2b ) des médicaments dépend :

. Du volume de distribution (Vd) et de la clairance.

. Du volume plasmatique épuré par unité de temps selon la relation T1/2b = 0,673 x Vd/cl.

Si baisse de la Cl, augmentation de T1/2

Si augamentation Vd, augmentation T1/2

** La distribution est influencée par :

. La protidémie

L’hypopididémie chez le nouveau-né, le nourrisson et le jeune enfant augmente les fractions libres et la diffusion tissulaire.

. Les secteurs hydriques total et extracellulaires sont importants, expliquant l’augmentation du Vd.

. L’importance des débits locaux (DSC) rend compte du passage rapide des médicaments au niveau des tissus cibles (cerveau).

*** L’élimination est sous la dépendance :

. du rein, dont la fonction n’est pas mature à la naissance

. du métabolisme hépatique

grande possibilité d’épuration : car gros foie par rapport au poids corporel entre 1 et 14 ans.

. T1/2 différent de la durée d’action clinique qui dépend d’un seuil de cc efficace.

. T1/2 + ou – prolongé.

 

**** A propos de la « demi-vie contextuelle » :

La demi-vie d’élimination ne tient pas compte de la durée de l’effet clinique, qui dépend lui-même du seuil de concentration efficace et est mieux exprimé par la demi-vie contextuelle.

Petite parenthèse :

Il serait indispensable que les firmes pharmaceutiques commercialisent leur produit sous forme pédiatrique. On doit trop souvent réaliser de multiples dilutions avant l’administration à l’enfant, entraînant, lors de toutes ces manipulations, de gros risques d’erreurs et d’infection. De plus, un gâchis important de produits est réalisé tous les jours.

* Les agents anesthésiques intraveineux

® Parasympatholytique

L’utilisation d’un parasympatholytique lors de l’induction par voie intraveineuse permet, d’une part, d’éviter une chute de ce débit en bloquant l’effet bradycardisant des drogues, et d’autres part, assèche les sécrétions salivaires pouvant être responsables de spasmes durant la phase de réveil.

L’atropine :

Posologie : 10 à 20 g / kg

Délai d’action : 1 à 1,30 mn en intraveineux

Effet : cardio-vasculaire : Tachycardie

Sécrétions salivaires : diminuées

Bronches : Bloque acétylcholine Þ bronchodilatation

Assèche les sécrétions Þ æ bronchospasme.

Les contre-indications : Fièvre

Mucoviscidose

Rétrécissement aortique congénital

T21

® Les hypnotiques

L’Etomidate :

- Sa ½ vie d’élimination est plus courte que chez l’adulte.

- Il est contre-indiqué chez l’enfant de moins de 2 ans.

- Malgré des phénomènes d’excitation à l’induction, il procure une bonne stabilité hémodynamique pour les terrains fragilisés (hypovolémie, cartiopathie).

- Il n’est pas recommandé de l’utiliser en perfusion continue du fait d’une inhibition cortico-surrénalienne.

Posologie : 2 à 13 ans : 0,3 – 0,4 mg/kg

Chez l’enfant la posologie est doublée car le Vd est doublé.

Le thiopental :

- Il existe une grande sensibilité du nouveau-né au thiopental (captation cérébrale d’autant plus rapide que le DSC est plus élevé). L’hypoalbuminémie augmente sa fraction libre, d’où l’importance de ne pas réinjecter, ce qui entraînerait des retards de réveil.

- Produit très dépresseur myocardique.

- Dilution à 1% ou 2,5% suivant l’âge.

- Posologie : nouveau-né : 3 - 5 mg/kg

1 - 6 ans : 10 mg

6 - 12 ans : 8 à 10 mg

Le propofol :

- AMM > 1 mois à des doses ne dépassant pas 3,5 mg/kg, ce qui est largement inférieur aux doses nécessaires en pratique.

- La clairance et la ½ vie sont sensiblement identiques à l’adulte.

- Le volume de distribution presque double de l’enfant nécessite une augmentation des doses.

- De plus, les concentrations sériques nécessaires au maintien de l’anesthésie sont élevées

(2 mg l-1 chez l’enfant pour 1 mg l-1 chez l’adulte).

Posologies : 1 mois à 3 ans : 4 à 6 mg/kg

> à 3 ans : 3,5 à 5 mg/kg, entretien première ½ heure : 15 à 18 mg/kg /h

après 30 mn : 12 à 15 mg/kg /h.

Adulte : 2,5 mg/kg, entretien 10 à 15 mg/kg /h.

La kétamine :

- Intéressant chez l’enfant car grande stabilité hémodynamique et maintient au moins partiel des réflexes des voies aériennes supérieures.

- Son effet hypersécrétant nécessite l’utilisation de l’atropine afin de diminuer les risques de laryngospasme et d’encombrement.

- Ces effets hallucinatoires peuvent justifier une prémédication aux benzodiazépines.

- Doses multipliées par deux par rapport à l’adulte (Vd x 2)

- Posologies : < 3 mois : 4 mg/kg

3 mois à 4 ans : 2 à 3 mg/kg.

 

® Les benzodiazépines :

- Chez l’enfant, le volume de distribution et la clairance sont supérieurs à ceux de l’adulte, d’où une ½ vie plus courte.

- Chez le nouveau-né la ½ vie est allongée (2 à 3 fois supérieure à l’adulte) par immaturité hépatique.

- Les benzodiazépines sont peu utilisées comme agents d’induction en anesthésie pédiatrique car les délais d’action sont trop longs et leurs effets inconstants.

La principale utilisation reste la prémédication et la co-induction.

Posologie : IV 0,5 à 1 mg/kg.

® Les morphinomimétiques :

- La pharmacocinétique de l’enfant de plus de 1 an est comparable à celle de l’adulte.

- Chez le nouveau-né et plus particulièrement le prématuré la ½ vie d’élimination est augmentée du fait de l’immaturité hépatique, par contre, elle est légèrement plus courte chez l’enfant et le nourrisson du fait d’une clairance plus élevée que celle de l’adulte.

- Les morphinomimétiques sont métabolisés par le foie.

La morphine

Son intérêt se porte surtout sur l’analgésie post-opératoire. Lors de son utilisation en intraveineux continu, une dépression peut survenir de façon progressive chez le nourrisson de moins de 3 mois.

Le fentanyl

- Bonne tolérance hémodynamique, mais la rigidité thoracique induite peut imposer la curarisation en période néonatale.

- Des dépressions respiratoires retardées sont possibles du fait du stockage et du relargage à partir de graisses et du muscle.

Le sufentanyl (Sufenta)

- 10 fois plus puissant que le fentanyl

- Il permet, grâce à une accumulation moindre pour des anesthésies de longues durées, une extubation plus rapide, une analgésie plus prolongée que le fentanyl.

- A faible dose 0,2 à 0,5 mcg/kg, il permet d’assurer l’analgésie de gestes chirurgicaux courts.

- Son intérêt réside également dans la « queue d’analgésie » qu’il procure en post-opératoire.

 

 

L’alfentanyl (Rapifen)

- Son délai d’action rapide et sa durée d’action brève font de lui l’analgésique de choix pour la chirurgie courte, peu algique ou ambulatoire.

Le remifentanil (ultiva)

- Sa durée d’action très brève impose le plus souvent son utilisation en intraveineux continu.

- Son métabolisme particulier (dégradation par des estérases non spécifiques plasmatiques et tissulaires), lui confère une ½ vie d’élimination rapide et une disparition de l’analgésie moins de 10 mn après arrêt de la perfusion, d’où la nécessité d’une anticipation de la prise en charge de la douleur post opératoire.

 

Morphinique

Induction (mcg/kg)

Entretien mcg/kg /h

Fentanyl

Sufentanyl

Alfentanyl

Remifentanil

 

1 – 3

0,2 – 1

20 – 25

1 - 2

1 à 2 en fonction des besoins

0,6 – 1,8

< 1,5

0,125 – 0,6

 

® Les curares :

- A la naissance, la jonction neuromusculaire est immature.

- Il faut attendre l’âge de la marche pour que toutes les fibres nerveuses aient leur gaine de myéline.

- Le volume extra cellulaire est plus élevé que l’adulte.

- Le métabolisme hépatique est immature d’où augmentation de la durée d’action.

- Le monitorage reste le même que chez l’adulte.

La succinylcholine (célocurine®) – Curare dépolarisant

- Sa posologie est augmentée chez le nourrisson 2 mg/kg, pas de réinjection possible car risque de bradycardie majeure. Utilisation d’atropine toujours associée (effet vagal).

- Pas de fasciculations chez l’enfant de moins de 4 ans (donc pas de risque d’hyperkaliémie).

- Son indication principale reste l’estomac plein.

 

Les curares non dépolarisants :

Le mivacurium (mivacron®)

- Mode de dégradation par des cholinestérases plasmatiques, à ne pas utiliser chez l’enfant, car retard de décurarisation.

Le vecuronium (norcuron®)

- Faiblement métabolisé et excreté par la bile, d’où accumulation chez le nouveau-né, durée d’action multipliée par 2 chez l’enfant de plus de 1 an. Pas histaminolibérateur.

L’atracurium (tracrium®)

La dégradation par la voie d’Hoffmann fait de lui un des curare de choix en pédiatrie, néanmoins son histaminolibération existe, quoique moins importante que chez l’adulte.

Le rocuronium (esmeron®)

Le cisatracurium (nimbex®)

Isomère de l’atracurium, il est dégradé par la réaction d’Hoffman.

AMM < 2ans ?

Le pancuronium (pavulon®)

Stéroïde d’élimination rénale, avec un effet sympathomimétique.

 

 

Nom

Posologie

intubation

(mg/kg)

Délai

d’action

Durée

d’action

Posologie et

fréquence de réinjection (mg/kg)

 

Mivacurium

Vecuronium

Atracurium

Rocuronium

Cisatracurium

Pancuronium

 

0,2

0,15

0,6

0,6

0,1

0,07 – 0,1

 

< 2 mn

» 2 mn

1,5 à 2 mn

1 à 1,5 mn

2,5 à 4 mn

2,5 à 4 mn

 

 

 

 

< 20 mn

30 mn

25 – 35 mn

» 40 mn

45 – 60 mn

90 mn

 

0,1 / 6 à 9 mn

0,02 – 0,03

0,3 – 0,6

0,15

0,02 / 10 mn

0,015

 

Surveillance de l’anesthésie générale par voie intraveineuse

Petit rappel sur l’importance de la visite pré-anesthésique qui détermine les enfants à risque :

Ancien prématuré, terrain asthmatique par exemple.

Antécédents familiaux (hyperthermie maligne).

Antécédents médicaux (allergies médicamenteuses)

Antécédents chirurgicaux (multi opéré – précaution latex)

Le jour de l’intervention, le médecin anesthésiste ou l’IADE vérifieront également la date de la consultation afin de vérifier la concordance du poids (surtout chez le tout petit).

Une auscultation pulmonaire s’imposera si l’enfant semble enrhumé.

Toutes ces dernières précautions permettront de diminuer les risques liés à l’anesthésie, et de mettre en place le protocole le mieux adapté.

Surveillance paraclinique

L’ECG

Détecte les troubles de conduction et d’excitabilité (hypoxie, hypercapnie, bradycardie).

Le tensiomètre

Il faut disposer d’un jeu de brassard complet (2/3 du bras) en sachant qu’il est préférable d’utiliser un brassard trop grand (minoration importante des chiffres tensionnels) qu’un brassard trop petit.

Le stéthoscope précordial

Permet dès l’induction de vérifier la qualité de la ventilation alvéolaire, le positionnement correct de la sonde d’intubation, et ses déplacements secondaires.

La P02 / PCO2 transcutané (néonatalogie)

Permet d’adapter la ventilation, évalue la fonction circulatoire.

Le capnographe (obligatoire pour toute AG)

Permet de confirmer le bon placement de la sonde.

Adaptation des paramètres ventilatoires.

Détection des incidents ou accident liés à l’anesthésie.

Ex : débranchement du circuit, hyperthermie maligne.

Mesure de la saturation artérielle en oxygène

Un des meilleurs moniteur détectant le plus d’incident péri opératoire.

Dépistage précoce des désaturations.

La courbe de pléthismographie est un bon reflet de la volémie.

Le monitorage de température

Sa surveillance est fondamentale chez l’enfant dont les échanges avec l’environnement sont importants.

L’hypothermie est dangereuse par les troubles du rythme grave qu’elle peut engendrer.

Les particularités :

La PA invasive

Utilisée lors d’interventions à haut risque hémorragique, ou si hypotension contrôlée

La PVC (reste exceptionnelle) Valeur 2 à 6 mmHg.

 

Surveillance clinique

Elle est primordiale, nous interprétons parfois beaucoup plus rapidement et plus utilement les informations perçues par nos sens, que celles fournies par les appareils.

Il faut savoir écouter, voir, sentir consciemment ou inconsciemment.

Le monitorage ventilatoire est avant tout clinique : liberté des voies aériennes, amplitude, régularité et fréquence des mouvements respiratoires, auscultation des deux plages pulmonaires. Vérification de l’absence d’encombrement bronchique, coloration de la peau, des muqueuses et du sang du champ opératoire. Absence de signes d’hypercapnie : sueurs, pouls bondissant, HTA. La palpation du pouls périphérique permet la surveillance de l’état hémodynamique.

Particularités de l’induction IV : - Rapidité d’action

- Variation du délai de l’effet maximal

Par conséquent la surveillance doit tenir compte de cette cinétique et la vitesse d’injection adaptée.

L’absence d’un pouls radial ou pédieux indique une diminution d’environ 5% de la volémie, celle d’un pouls cubital ou poplité 10% et d’un pouls huméral ou fémoral 15%.

Enfin, la mesure de la diurèse (0,5 à 1 ml/kg /h) est un excellent paramètre de l’estimation de la volémie, sauf chez le nouveau-né de moins d’une semaine dont le rein n’a pas le pouvoir de concentration / dilution.

AUSCULTATION

Les complications propres à l’induction anesthésique IV

Rappelons que la majorité des accidents survient à l’induction et au réveil.

Dans tous les cas l’induction doit s’effectuer dans le calme, en évitant tout bruit extérieur. Il est inutile et dangereux de se précipiter sur l’enfant dès les premiers signes de pertes de conscience ; à ce stade, toute stimulation nociceptive doit être évitée.

Complications liées à l’injection :

Douleur (propofol)

L’agitation (liée à la douleur d’injection)

Rash cutané (propofol, curare)

Choc anaphylactique (60% curare, puis antibiotique, latex, produit de contraste…)

Chute tensionnelle (hypnotiques)

Bradycardie (morphinomimétiques)*

Complications respiratoires :

Diminution des mouvements de toux et de la ventilation

(A nuancer car c’est moins vrai qu’avec les halogénés)

Rigidité thoracique (injection trop rapide des morphiniques)

Quelques protocoles anesthésiques

CONCLUSION :

Si la fréquence de l’induction par un agent volatil halogéné conserve une grande place dans l’anesthésie pédiatrique, l’induction intraveineuse reste la voie de l’urgence, et celle préférée du grand enfant.

Les posologies et les intervalles de réadministration doivent être adaptés en prenant compte des variations pharmacocinétiques selon l’âge, mais aussi les caractéristiques physiologiques du jeune enfant : fonction ventilatoire précaire, faible masse musculaire, tendance à l’hypothermie.

 

 

BIBLIOGRAPHIE

- Anesthésie générale

P. Gauthier – Lafaye, Edition Masson

- 8èmes journées des clubs de la société française d’anesthésie et de réanimation

Paris 19 septembre 2002, coordonné par : Olivier Paul et Anne Lando

ADARPEF

« Les voies aériennes chez l’enfant ».

- Journées IADE

1998

40ème congrès national d’anesthésie et de réanimation, Edition Elsevien

- L’anesthésie de l’enfant de moins de quatre ans, sous la direction de E. Balagny

Edition Arnette

- Principes fondamentaux de l’anesthésie et de la réanimation de l’enfant de moins de 8 ans

Franck Paillard

- 6èmes journées Lilloises d’anesthésie réanimation

Lille, le 23 et 24 Avril 1999

- L’anesthésie et … pédiatrie

Yves MEYMAT, Marc DUBREUIL

Coordonné par J.P. HABERER

2ème édition

- Protocoles d’anesthésie réanimation

8ème édition

MAPAR Edition

- Cours IADE

Professeur KRIVOSIC

Docteur CASTANER