LE RISQUE CHIMIQUE

M. RÜTTIMANN (1), B DEBIEN (1) , F. DORANDEU (2), J-J KOWALSKI (1)

1 : Service Médical d’Urgence, Brigade de sapeurs-pompiers de Paris

2 : Centre de Recherches du Service de Santé des Armées

La menace chimique, qu’elle soit secondaire à un accident chimique industriel ou à un attentat terroriste, est bien réelle. C’est un danger permanent, caractérisé à la fois par une faible probabilité, un impact médiatique souvent marqué et une extrême gravité compte tenu du nombre important de victimes potentielles ainsi que de leur sévérité. En effet, aux effets toxiques vont se surajouter des lésions traumatiques, des atteintes psychologiques, voire des complications iatrogènes, qui vont considérablement gêner la prise en charge de ces victimes.

Les différents agents chimiques entraînent une atteinte loco-régionale, générale ou mixte dont la résultante est une hypoxie multifactorielle. L’identification du toxique est un préalable indispensable à la prise en charge des victimes. Le traitement sur place est caractérisé par une médicalisation limitée du fait des contraintes de la protection des sauveteurs et de la nécessité d’une extraction rapide de populations non protégées. Le ramassage peut faire appel au simple autodéplacement des valides sauf en cas de toxiques suffocants qui imposent le brancardage. Les soins urgents associent la mise en place d’une protection respiratoire après décontamination faciale, la réalisation de gestes simple de sauvegarde : pansements compressifs ou position d’attente, enfin l’administration d’antidotes par voie intramusculaire dans les rares cas où ils existent. La décontamination est l’étape suivante, uniquement en cas de toxique liquide ; nécessairement retardée dans ce contexte civil, son but est d’éviter tout transfert de contamination. Sa réalisation impose la mise en œuvre d’une chaîne de décontamination sur place et repose sur des techniques d’adsorption, d’élimination ou de neutralisation. Le triage en ambiance chimique dépend du nombre de victimes, de la nature du toxique, de l’état du patient, en particulier des lésions associées qu’il peut présenter. Le traitement symptomatique est fondamental. Il repose essentiellement sur l’oxygénothérapie et les techniques de ventilation assistée, invasives ou non, avec un risque probable de pénurie en gaz médicaux et en matériel en cas de nombreuses victimes. Le traitement étiologique est souvent limité, les toxiques bénéficiant d’un antidote étant peu nombreux.

En conclusion, la prise en charge des victimes d’un accident ou d’un attentat chimique repose sur une démarche diagnostique et thérapeutique complexe, dominée par l’identification préalable du toxique en cause. La formation et l’entraînement régulier des intervenants à cette éventualité sont indispensables.