Le risque nucléaire et radiologique

Auteurs : C Télion, P Carli

DAR et SAMU de Paris,

Hôpital Necker Enfants Malades , Paris

 

Le terrorisme radio-nucléaire occupe une place particulière dans le risque NRBC. Si contrairement aux idées reçues, il n’est probablement pas synonyme de destruction massive, il provoque une irradiation et une contamination de la population civile et de l’environnement. Grâce à des moyens de détection fiable, une quantification et donc une approche des effets délétères peuvent rapidement être déterminées.

 

1 Effets nucléaires et radiologiques

L’irradiation

L’irradiation peut induire au niveau cellulaire des lésions de l’ADN. Cela va provoquer une destruction de la cellule, ou une réparation soit ad intégrum, soit aléatoire et imparfaite du matériel cellulaire. L’importance de ces lésions dépend de la nature du rayonnement, de son intensité et du caractère global ou localisé de l’irradiation. Plus l’irradiation sera importante plus la symptomatologie sera précoce. Que cette irradiation soit globale ou localisée, le risque n’est pas transmissible et il n’existe donc aucun danger pour le personnel soignant.

La contamination interne et externe

La contamination interne provient de l’inhalation, de l’ingestion ou de la souillure d’une plaie par une substance radioactive. Incorporés aux tissus, les particules délivrent des rayonnements sur des distances plus ou moins longues en fonction de la nature du rayonnement.

La contamination externe est due au dépôt de substances radioactives sur la peau ou sur les vêtements des victimes. Elle représente un risque de dispersion de la contamination à l’environnement et notamment aux équipes et locaux et de contamination interne. Contrairement au risque chimique, la décontamination n’est pas une priorité et ne doit pas retarder le traitement d’une détresse vitale. En effet, le risque généré par la contamination présente sur une victime n’engage pas de risque majeur pour elle-même ni pour les équipes de secours.

2 Principaux scénarios

Le terrorisme nucléaire peut prendre plusieurs visages. Certains scénarios difficiles à réaliser comme l’attaque d’une centrale nucléaire, loin d’être négligés ont imposé le renforcement des mesures de sécurité. Deux types de scénario hautement plausibles sont individualisés :

Une dispersion de matières radioactives. Il peut s’agir d’un simple épandage de matières faiblement radioactives rapidement revendiqué. Un explosif classique peut disperser des particules radioactives induisant à la fois des lésions traumatiques, des lésions de blast, des brûlures et une contamination et une faible irradiation ;

Une dissimulation dans un lieu fréquenté d’une source de petite taille mais hautement radio-active. Ceci conduit à une irradiation plus ou moins intense des personnes situées à proximité de la source. Un grand nombre de personnes peut donc être irradié avant qu’une relation de cause à effet soit émise entre les premières victimes, le diagnostic et la localisation de la source.

3 Organisation des secours et des soins

Les victimes radio-contaminées.

La prise en charge des victimes radio-contaminées en grand nombre repose sur le dispositif plan blanc complété par les dispositions spécifiques détaillées dans la circulaire SGDN 800 et DHOS du 2 mai 2002 (1,2,3).

En l’absence de revendication, un tel acte peut être difficile à repérer, car la symptomatologie initialement présentée par les victimes est pauvre et non spécifique. En cas de contexte suspect, les mesures de protection des intervenants et de la population s’imposent en attendant l’évaluation par une CMIR (cellule mobile d’intervention radiologique).

L’organisation sur le site est résumée dans la figure 1. Contrairement aux accidents survenant sur des sites industriels, en cas d’accidents impliquant de nombreuses victimes, la détection de la contamination ne peut être réalisée immédiatement de façon systématique. Ainsi, l’ensemble des victimes doit bénéficier d’une décontamination externe (déshabillage et douche précautionneux). A lui seul, le déshabillage élimine 90 % de la contamination externe. Cependant, toute victime présentant une détresse vitale imposant une sanction chirurgicale immédiate peut être transféré immédiatement grâce à la technique de la double housse, vers un bloc opératoire de l’hôpital référent, au moyen d’une ambulance protégée par du vinyle. En effet, l’urgence vitale prime sur la décontamination.

La mise en évidence d’une contamination interne est elle délicate et fait appel à des unités spécialisées d’anthropogammamétrie et de radiotoxicologie . La connaissance du radioélément et son mode de dispersion pourront servir aux spécialistes pour déterminer la nécessité d’une décontamination interne. Elle a pour objectif la réduction de l’absorption , la dilution, la chélation du radio-élément. Si plus elle est précoce plus elle est efficace, elle est aussi spécifique imposant donc la détermination des radioéléments impliqués. De plus, elle n’existe pas pour l’ensemble des radio-éléments.

Dans les hôpitaux, deux grandes vagues de victimes vont se présenter. Une première composée de victimes non décontaminées mais généralement peu blessées. Ils emprunteront un circuit individualisé et protégé par du vinyle et bénéficieront d’une décontamination avant d’être répertoriés et traités. Puis en fonction de leur état clinique, ils seront hospitalisés ou renvoyés au domicile avec des consignes précises. La seconde vague correspond aux victimes décontaminées sur le terrain, qui seront adressées après une régulation par le SAMU.

Les victimes irradiées

La symptomatologie de l’irradiation est non spécifique et souvent retardée. Seuls la connaissance de la source et/ou le nombre élevé de victimes présentant les mêmes symptômes peut faire évoquer le diagnostic. Les patients irradiés sont des brûlés immunodéprimés, ils doivent être hospitalisés dans des services d’hématologie ou de maladies infectieuses ou dans toute autre service de médecine où les règles d’asepsie devront être rigoureuses.

Impact psychologique

Toute suspicion de risque nucléaire aura un impact psychologique important, générant de nombreux impliqués (4). L’implication de la CUMP sur le terrain comme à l’hôpital est indispensable. Mais l’angoisse et la panique peuvent aussi survenir parmi le personnel soignant. Des formations des équipes hospitalières est donc indispensable afin d’éviter une désorganisation durable de l’ensemble des soins.

4 Conclusion

Différents scénarios, différents risques, différentes cinétiques de crise à l’hôpital mais une constante la connaissance du risque pour une gestion optimale des victimes.

Bibliographie

1 Circulaire DHOS /HFD N° 2002/284 du 3 mai 2002 relative à l’organisation du système hospitalier en cas d’afflux de victimes

2 Circulaire 800 SGDN/PSE/PPS du 23 avril 2003 relative à la doctrine nationale d’emploi des moyens de secours et de soins face à une action terroriste mettant en œuvre des matières radio-actives.

3 Circulaire DHOS/HFD/DGSNR N°277 du 2 mai 2002 relative à l’organisation des soins médicaux en cas d’accident nucléaire et radiologique.

4 Salter CA. Psychological effects of nuclear and radiological warfare. Mil Med 2001 ; 166 :17-8